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Psaume 144

Psaumes 105

15-07-10 16:14 Il y a: 7 yrs

Migrations: les Eglises doivent surmonter la peur et les préjugés

A une époque où les déficits budgétaires et les chiffres du chômage explosent, les migrants font souvent figure de boucs émissaires sur qui on rejette tous les maux et défauts de la société. Au cours de leur réunion annuelle, les membres du Réseau œcuménique mondial sur la migration (GEM), du Conseil œcuménique des Eglises, ont souligné que, dans ces conditions, il appartient aux Eglises d’affirmer les droits de la personne et la dignité de tous et toutes.

Par Annegret Kapp (*)

"Nous croyons que les Eglises ont le mandat et la mission biblique d’œuvrer à la création d’une société dans laquelle tous les peuples de la planète profiteront des dons de Dieu, qui ont été créés pour tous, dans un esprit d’amour, de justice et d’égalité", a rappelé Seta Hadeshian aux autres membres de ce réseau mondial lors de sa réunion à Genève (Suisse), du 24 au 30 juin. Seta Hadeshian est directrice du Département "Diaconie et justice sociale" du Conseil des Eglises du Moyen-Orient.

Les membres du Réseau œcuménique mondial sur la Migration (GEM) sont issus d'Eglises, d'organisations liées à l'Eglise et d'organisations œcuméniques travaillant dans le domaine de la migration. Ce réseau a pour objectif d'approfondir la compréhension des problèmes mondiaux qui se posent dans le domaine de la migration, de fixer des priorités, de mettre en commun les capacités de défense de la cause et d'exercer un effet plus marqué sur les discussions politiques mondiales concernant la migration.

L’un des obstacles à cette vision des Eglises, pour reprendre les termes de Franca Di Lecce, directrice du Service pour les réfugiés et les migrants de la Fédération des Eglises protestantes d’Italie, c’est que "nos sociétés contemporaines sont dominées par la peur".

Réfléchissant sur son expérience en Italie, Franca di Lecce constate que l’Eglise doit attirer l’attention sur la logique qui se cache derrière les politiques en matière de migration. C’est une "logique de guerre" qui sert à cacher "l’incapacité du gouvernement" à assurer "la sécurité, le travail, la justice, la paix et le développement."

Pour elle, promouvoir la sécurité, cela signifie en réalité "promouvoir la légalité, sanctionner la criminalité organisée et la corruption, combattre le chômage et la pauvreté par le moyen de politiques d’inclusion sociale, économique et culturelle s’adressant à tous les citoyens – migrants et populations locales." Or on brandit souvent la sécurité comme un slogan pour stigmatiser les migrants.

En Europe, les crises des réfugiés sont artificielles

La "crise des réfugiés" est l’un de ces mots passe-partout qui irritent les spécialistes de la migration. "Depuis dix ans, chaque année et jusqu’à l’année dernière, le nombre de demandes d’asile a diminué" dans l’Union européenne, explique Doris Peschke, secrétaire générale de la Commission des Eglises auprès des migrants en Europe (CEME).

En 2008, le nombre de demandes correspondait à "dix pour cent de ce que nous avions il y a vingt ans", ajoute-t-elle. S’il y a eu augmentation du nombre de demandeurs d’asile dans certains pays qui ne sont entrés dans l’Union européenne que ces dernières années, ce nombre diminue même dans des pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la Grèce.

C’est pourquoi, ajoute Doris Peschke, "à eux seuls, les chiffres ne justifient pas les conditions de détention en Grèce, ni les expulsions depuis les côtes italiennes."

Il existe par contre des "crises artificielles", par exemple à Lampedusa. Le centre d’accueil aménagé sur cette île est maintenant largement surpeuplé suite à la décision du gouvernement italien de ne plus transférer les réfugiés sur le continent. "Si ces transferts s’étaient poursuivis, explique Doris Peschke, il n’y aurait jamais eu de crise dans ce camp."

Le fait que, dans plusieurs pays, des migrants sans papiers sont détenus dans "des conditions parfois pires que pour des criminels condamnés" est une grave menace pour l'Etat de droit. Par ailleurs, les migrants sont par conséquent de plus en plus souvent considérés comme des criminels. L’opinion est largement répandue que, "si on les met dans des centres de détention, c’est bien parce qu’il y a une raison."

D’un autre côté, de nombreux migrants ne font pas confiance aux autorités du pays hôte et en ont peur. De ce fait, il leur est difficile de profiter des possibilités d’enseignement et de soins de santé, même lorsque l’Etat les leur offre.

Un pont entre les communautés

De l’avis d’Adejare Oyewole, du Conseil des Eglises africaines et caraïbes de Grande-Bretagne, lorsque des préjugés et la peur empêchent la communication entre populations locales et migrantes, "l’Eglise doit faire office de pont pour permettre aux deux communautés de se rapprocher."

Afin d’aider les Eglises dans cette entreprise, la Conférence des Eglises européennes (KEK) invite ses membres à profiter de la saison des vacances pour favoriser des rapprochements entre communautés locales et communautés de migrants dans des camps d’été et des rencontres festives.

Cette invitation aux rapprochements fait partie de la campagne Migration 2010 de la KEK. Cette année, les Eglises choisissent, pour chaque mois, un thème particulier relatif à la migration. Lors du Temps pour la Création de Dieu, que les Eglises célébreront du 1er septembre au 4 octobre, l’accent sera mis sur les déplacements environnementaux. Autour du 18 octobre, Journée européenne contre le trafic des êtres humains, on mettra l’accent sur les formes contemporaines d'esclavage. Et, autour du 18 décembre, qui sera la Journée internationale des migrants, on encouragera la défense des droits des migrants.

D’après Franca di Lecce, c’est aussi dans l’intérêt de la société d’accueil que les Eglises doivent protester lorsque la cruauté contre les étrangers devient "normale". Elle a raconté aux membres du Réseau l’histoire d’un marin qui avait participé à l’expulsion de migrants vers la Libye et qui avait tellement honte de son travail qu’il n’osait pas en parler à son fils.

Puis elle a évoqué le cas d’un père et d’un fils qui, ensemble, avaient tué un Italien d’origine africaine à Milan parce qu’ils le soupçonnaient d’avoir volé des biscuits. "Dans quelle société vivons-nous?", a demandé Franca Di Lecce, en lançant un appel à la repentance.

Forte de son expérience de professeure d’éthique sociale œcuménique à l’Institut œcuménique de Bossey, Amélé Ekué a invité ses auditeurs à découvrir que la vulnérabilité est une caractéristique commune à tous les êtres humains – migrants ou non – et que, selon elle, cela vaut même pour Jésus Christ.

Pour Mme Ekué, la crucifixion est un "acte de réconciliation" dans lequel "nous sommes exposés à la vulnérabilité de Dieu lui-même, ce qui implique, avec la résurrection, que toute victime de traitements inhumains sera ressuscitée".

Dans une réflexion théologique qui a conclu la réunion, l’évêque Francis S. Nabieu, de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique, a dit que les Eglises ne devraient pas considérer les migrants uniquement comme un fardeau: "Nous avons tous des dons qui peuvent augmenter le pot commun. L’atout des immigrés et des réfugiés, c’est l’esprit d’endurance."[1 115 mots]

 

(*) Annegret Kapp, rédactrice web au COE, est membre de l’Eglise évangélique luthérienne de Genève.

Réseau œcuménique mondial sur la migration

A écouter: enregistrements des réflexions théologiques et des exposés sur les expériences vécues dans différentes régions du monde, présentés lors de la réunion (en anglais).

Plus d'informations sur Migration 2010 (en anglais)  

Les opinions exprimées dans les reportages publiés par le COE ne reflètent pas nécessairement la politique du COE. Ce texte peut être reproduit gratuitement, en indiquant le nom de l'auteur.

08.07.10

Liens:

www.oikoumene.org/fr/nouvelles/news-management/a/fr/article/1634/migrations-les-eglises-d.html


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