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Psaume 144

Psaumes 105

Vers un nouvel œcuménisme et une nouvelle mission…

Pasteur Marianne Guéroult 

La proximité avec les Eglises issues de l’immigration implique un nouveau défi œcuménique.

Pourquoi ?

Car les Eglises issues de l’immigration avec lesquelles nous sommes en contact sont des Eglises chrétiennes, avec lesquelles nous devons définir nos relations.

Ces Eglises issues de l’immigration appartiennent à différentes familles chrétiennes, que je classerai en deux grands groupes :

-         « traditionnelles » : presbytériens, méthodistes, baptistes…

-         « nouvelles » : évangéliques, charismatiques, néo-pentecôtistes

C’est tout l’héritage de la mission que se reflète dans ces diverses confessions. A partir de l’influence européenne des missions, les Eglises africaines, en particulier, ont su développer une vie ecclésiale nouvelle et riche, avec parfois l’influence de mouvements charismatiques.

Les migrants sont venus en Europe avec toutes ces formes de religiosité. Ils vivent ainsi leur foi dans leur nouveau pays comme un héritage de leur pays d’origine. 

1/ Relations œcuméniques avec les Eglises issues de l’immigration

Il s’agit pour nous (Eglises de différentes origines, issues ou non de l’immigration) d’instaurer des relations œcuméniques entre partenaires conscients de leur identité.
Cela signifie :
►  Que nous ne pouvons pas cohabiter dans l’indifférence les uns des autres : nous devons apprendre à nous connaître, nous reconnaitre et nous entraider (Hébreux 13, 16) ;

►  Qu’au-delà de nos différences, nous avons une origine commune et nous sommes déterminés par un avenir commun (Actes 2, 32ss).

En effet, la foi est le fondement qui nous vient du passé, transmis au travers des âges, même si elle n’est pas une affaire du passé. Les cultures sont l’expression multiforme et multicolore de cette foi vécue sous diverses latitudes, à diverses époques. C’est ce qui fait que nous sommes aujourd’hui, que nous avons un engagement présent. Enfin, le vivre ensemble est notre avenir à tous !

►  Que vis-à-vis de ce monde et de la société, nous avons une « mission » commune, à laquelle nous devons répondre ensemble pour être crédibles ! (Jean 17, 21)

Avenir commun et mission commune semblent ouvrir des pistes pour un nouvel œcuménisme et une nouvelle mission.

2/ Un nouvel œcuménisme !

On peut parler d’un œcuménisme d’un genre nouveau et particulier avec les Eglises issues de l’immigration, car les Eglises issues de l’immigration :

Ø     se conçoivent souvent comme des Eglises « internationales », ou transnationales, membres d’une communauté chrétienne mondiale.
En effet, le maintien des liens avec le pays d’origine et avec la diaspora joue un grand rôle. Cette dimension est importante aussi bien pour les nouveaux arrivants que pour les personnes résidentes depuis longtemps, même si elle peut avoir tendance à s’atténuer avec les 2ème et 3ème générations.
Il y a donc une idée d’unité qui transcende la communauté de foi vécue en un lieu, sans pour autant empêcher l’expression d’une certaine couleur locale.
On est loin de la conception de « paroisses locales » !

Ø     sont au contraire, pour certaines d’entre elles, rarement structurées :
-          elles ne connaissent pas vraiment les frontières de l’appartenance confessionnelle : catholique, protestant, réformés, luthériens, baptiste…
-          elles sont parfois aussi dans un lien assez distant par rapport aux Eglises de leur pays d’origine, en Afrique ou ailleurs.
-          elles peuvent nous faire penser aux premières communautés chrétiennes nées sur les traces de l’apôtre Paul, avec quelques fonctions dirigeantes, d’autres plutôt diaconales, et surtout quelques figures de proue charismatiques !

Ø     La culture ecclésiale charismatique qui caractérise beaucoup d’entre elles contribue à l’effacement des appartenances. De plus, vivre dans un environnement étranger constitue une force rassembleuse. Enfin, certains fidèles de ces Eglises ont souvent plusieurs attaches confessionnelles. On découvre donc une dimension universelle et œcuménique de l’ « être Eglise », caractérisée par un détachement des traditions du passé.

Ø     restent souvent fragiles, avec des dissidences et des nouvelles Eglises qui se créent,

Ø     ont parfois une assise de fidèles qui n’est pas très stable, notamment quand ce sont des nouveaux arrivants, pas encore « installés » ou des sans papiers.

Ø     Manquent le plus souvent de moyens. Elles sont souvent hébergées dans des locaux qui ne leur appartiennent pas.

Ø     Représentent un défi théologique pour nous, car : au travers d’elles, nous sommes confrontés à notre propre identité (le christianisme), qui se manifeste dans une forme qui nous est culturellement étrangère, alors que dans le même temps ce qui est étranger (des personnes venant d’ailleurs, avec leur culture) se présente à nous dans une apparence qui nous est familière (comme Eglise chrétienne).

Au contact des Eglises issues de l’immigration :
Notre propre identité (le christianisme) -> dans une forme qui nous est culturellement étrangère
Ce qui est étranger (autre culture) -> dans une apparence qui nous est familière (Eglise chrétienne) 

3/ Une nouvelle vision de la mission

Les Eglises issues de l’immigration : 

Ø     Nous confrontent à notre propre passé : au 19ème siècle, nos ancêtres sont allés évangéliser dans leurs pays et créer des Eglises. Leurs « descendants spirituels » viennent en Europe avec l’élan de « jeunes » chrétiens. Reconnaitre ces nouvelles Eglises c’est nous confronter parfois à des conceptions qui appartiennent pour nous au passé (la place des femmes dans l’Eglise), mais aussi à des réalités enfouies ou occultées (comme « la foi qui guérit »).

Ø     Nous questionne sur notre conception théologique de la mission :
-          dans les Eglises issues de l’immigration, la « mission » est souvent conçue comme évangélisation active, individuelle et publique, avec adhésion à un contenu de foi spécifique.
-          La « mission » peut être aussi comprise comme libération et appel à vivre dans la dignité. Les migrants en situation fragile peuvent être tout à fait réceptifs à cette compréhension.
-          Dans nos Eglises historiques, la mission est parfois vue plutôt comme une proclamation implicite de l’Evangile là où l’Eglise est présente, dans des manifestations culturelles publiques, par exemple.
-          La mission est aussi comprise comme une solidarité inter-ecclésiale. Les Eglises du Sud et du Nord sont appelées à s’entraider, à partager, à travailler ensemble…

Ø     Peuvent susciter la peur de voir l’Eglise changer, s’éloigner de nos visions ecclésiastiques et théologiques traditionnelles,

Ø     Peuvent susciter au contraire des attentes démesurées comme l’espoir de voir l’Eglise se « renouveler ». Or ces espoirs peuvent être trompeurs car nous ne pouvons pas nous limiter à prendre ce qui nous arrange.

Pour conclure :
Faire acte de respect œcuménique, c’est respecter le caractère d’étrangeté de l’autre.
Avec les Eglises issues de l’immigration, il s’agit de relation, d’approche et d’ouverture réciproques, trois dimensions qui sont potentiellement porteuses de renouvellement : renouvellement de notre œcuménisme et de notre mission !